De l'utilité de faire dire des messes 04 juillet 2010

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Beaucoup de familles on l’habitude de « faire dire des messes ».  Le texte qui suit répond particulièrement bien à la question de paroissiens. Nous pensons qu’il peut aider à la compréhension d’une question délicate.


Offrir une messe, c'est avant tout pour suppléer, compenser, compléter au nom du défunt ce qu'il n'aurait pas accompli de son vivant pour pouvoir être maintenant avec Dieu dans son paradis. La messe c'est Jésus qui prend sur lui tous nos péchés pour nous faire passer jusqu'en celui en qui il n'y a aucune ombre, son Père.
Bien sûr nous souhaitons que tous nos défunts entrent immédiatement au Ciel dans l'assemblée des saints. Mais il se peut aussi qu'au moment de la mort, tout notre être ne soit pas évangélisé. Le Seigneur, dans sa miséricorde inépuisable, a voulu le purgatoire. Ne l'imaginons pas comme un lieu ou un temps. C'est plutôt une expérience mystique où, alors que je ne peux plus exercer ma liberté, je peux compter sur la Foi et la Charité de mes frères qui prient, qui offrent, qui agissent pour moi.
Cette conviction de foi prend ses racines dans l'Ancien Testament, dans le deuxième livre des Maccabées (2 Ma 12, 38-45). On n'achète pas le paradis. Mais se priver d'un peu d'argent et prendre de son temps pour prier, c'est manifester que l'on donne du prix au bonheur d'un défunt.





Communion des saints

La messe c'est Jésus ressuscité réellement présent. Il est le lien vivant entre l'ici-bas et l'au-delà. Les meilleures définitions du Ciel sont celles que l'on trouve sur les lèvres de Jésus à deux moment cruciaux : « Père, je veux que là où je suis eux aussi soient AVEC MOI » (Jn 17, 24) et au larron crucifié avec lui : « Aujourd'hui, tu seras AVEC MOI dans le Paradis » (Lc 23,43). C'est à la messe que nous sommes le plus en communion avec nos défunts.
Pourtant, les cimetières sont une magnifique proclamation de l'espérance dans la résurrection de la chair, bien au-delà du simple postulat arbitraire d'une certaine survivance de l'âme. Là sont ceux que les premiers chrétiens appelaient "les dormants". Et c'est bien leurs frères vivants pour Dieu, que les chrétiens viennent visiter au cimetière, au lieu de l'anéantissement dans la cendre qui suit l'incinération, comme si nous n'avions pas d'espérance. Si l'on va au tombeau du Christ, bien qu'il soit vide, c'est précisément parce que là s'est opérée la résurrection du Christ, gage de notre propre résurrection.
Les "mensae " sur les tombes chrétiennes de l'antiquité en Algérie, attestent qu'au temps de saint Augustin et sainte Monique, les chrétiens venaient prendre leur repas sur la tombe de leurs défunts, en une sorte de prolongation plus humaine du pain eucharistique qui les relie à lui. Entretenons nos tombes mais ne cultivons pas la fleur du tourment, de la culpabilisation. Nous avons mieux à faire: arrosons la fleur de la Foi.



Reconnaissance

La messe c'est le plus grand Acte d'Adoration qui existe parce que la messe c'est Jésus dont toute la vie n'a été qu'un « Amen à la Gloire du Père » (2 Cor 1). La messe c’est Jésus qui rend actuelle son Eucharistie qui a atteint son sommet à la croix. Et nous nous glissons dans son Action de grâces au Père.
Pendant qu'il vivait encore ici-bas, nous n'avons peut-être pas assez dit à notre défunt combien nous l'apprécions. Cela peut être aussi une façon de lui pardonner, ou de lui demander pardon. Ainsi il est encore possible de remercier le Père en communion avec lui, “par Jésus, avec Lui, et en Lui.” Il est aussi possible de supplier la miséricorde du Père pour lui, par Jésus, avec Jésus, en Jésus.


Un jour dans une paroisse voisine du Puy, une demoiselle d'un certain âge, et même d'un âge certain, vient à la cure pour donner une messe pour les fruits de la terre. Monsieur le Curé - qui connaît déjà sa piété et son amour du Bon Dieu -désire en savoir un peu plus sur ce qui lui inspire cette démarche. Il lui demande : « Mais pourquoi donnez-nous une messe pour les fruits de la terre ? ». Pour répondre, elle n'a pas réfléchi cinq minutes, ni même cinq secondes. Elle a expliqué tout de suite : « Vous savez, Monsieur le Curé, le Bon Dieu (ne) nous doit rien. Il faut bien le remercier pour ce qu'il nous donnera. » Monsieur le Curé - qui est aussi docteur en théologie - commentait : « C'est une réponse qui vaut 20 sur 20 en théologie.»



Consolation
La messe c'est Jésus qui nous rejoint comme il l'a fait pour les disciples d'Emmaüs (qui pleuraient justement un mort) au cœur de nos angoisses, de nos regrets, de nos remords, et de nos peurs. Pour nous consoler. Pour augmenter notre confiance. Pour nous ouvrir à l'espérance. Je garde précieusement en mémoire des signes très forts tels que celui-ci : j'avais béni le mariage d'une toute jeune femme trois ans auparavant. Et alors qu'ils construisaient leur maison, et qu'elle était enceinte d'un mois, son mari venait de se suicider. Elle m'écrivait : « Ce n'est pas sous une froide pierre Que nous retrouverons ceux que la mort nous a pris Mais c'est par la prière qu'un jour au Ciel nous serons réunis ». Elle a tout perdu : la maison et son bébé. Mais quelques années plus tard, j'ai béni son second mariage. Ils forment un foyer qui rayonne Dieu. La foi soulève des montagnes.



Evangélisation
Les offrandes de messes sont une part des revenus des prêtres. Offrir une messe c'est aussi permettre aux prêtres de vivre et donc participer directement à l'évangélisation. Dans certains pays d'Afrique c'est même l'unique moyen de subsistance.
Le Père Romeuf vous dira que la coopération missionnaire aide ainsi plusieurs prêtres. En soutenant ainsi l'action de l'Eglise, dans notre paroisse et notre diocèse, ou dans les pays lointains par les messes que nous envoyons aux missionnaires, nous contribuons à faire du bien, et nous le faisons grâce à ce défunt pour qui nous offrons la messe. Nous sommes en effet tous attelés à la même tâche d'édification de l'Eglise et au rayonnement de la foi.
Sachons d'ailleurs, que si "notre" défunt avait pour ainsi dire déjà atteint son "quota" par les messes que nous faisons célébrer pour lui, le bénéfice en serait reversé, dans la sagesse de Dieu et sa miséricorde, à un autre de nos frères défunts: car tout est commun pour ceux qui appartiennent au Christ et que la charité du Christ réunit, même par delà la mort.
C'est tout cela qu'il y a dans le fait de « donner une messe » : c'est un acte de Foi, une oeuvre d'évangélisation, une Action de grâce, une entrée en communion avec l'Au-delà, une prière d'intercession.

On peut aussi donner une messe pour une intention très précise qui ne concerne pas forcément un défunt : pour une personne malade, pour un foyer en difficultés, au moment de prendre une décision importante, ou tout simplement en action de grâces. Puisque la Messe c'est tout simplement la charité infinie de Jésus qui se répand sur nous.
C'est très important de personnaliser notre prière. Elle est toujours universelle, mais avec celui qui s'occupe des moineaux des champs et de chacun de nos cheveux (Mt 10,30), qui se préoccupe d'une seule brebis perdue, notre amour doit être aussi précis que possible.




Sur l'efficacité de la messe, voici la réponse de Claudel à une lettre d'un prêtre qui n'avait pas le moral :
Cher Monsieur l'Abbé,
Excusez-moi de répondre si tard à votre lettre du 12 mars. Je viens de faire un long séjour à Paris d'où je ne suis revenu qu'il y a quelques jours.
J'ai connu, moi-même, au cours de ma carrière, de longues années de solitude complète au milieu de gens dont je ne parlais pas la langue et qui me rendaient pareil à l'homme du psaume ma place est parmi les morts (le texte ajoute cette parole dont j'ai bien souvent savouré l'amertume : « avec ceux que l'on a tués, enterrés »).
Grâce à Dieu, l'étude et la prière m'ont permis de traverser ces zones désolées qui conduisent à l'Horeb, montagne de Dieu. Mais, il me semble que, prêtre dans votre propre pays, vous avez des ressources que je n'avais pas.
La messe que vous dites chaque matin déverse non seulement sur votre village, mais sur l'humanité tout entière, sur le purgatoire qu'elle dépeuple, un torrent de bénédictions inestimables et incommensurables. Et puis chaque matin, en vous réveillant, ces hommes, ces femmes, ces enfants, vous pouvez vous dire que Dieu vous les a spécialement confiés.
A d'autres il a donné des vaches ou des chevaux, à vous il a donné ces âmes immortelles. Vous êtes leur Christ, capable de leur donner la vie, investi plénièrement d'un pouvoir de vivification, d'illumination, de résurrection.
[…] Dans ce rôle sublime qu'importent les contretemps et contradictions humaines ? Vous a-t-on promis une croix de carton ? ou une bonne, honnête, lourde croix, et qui est précisément à votre mesure, parce que c'est précisément elle qui vous paraît accablante ? A côté de l'immense joie divine qui vous est réservée et dont vous êtes dispensateur, comme tous ces petits cailloux paraissent peu de chose simplement ridicules !
Croyez-moi, la vocation de prêtre, et je dirai de prêtre de campagne, Notre Seigneur était un prêtre de campagne, est la plus sublime de toutes. Celle d'écrivain est vraiment bien peu de chose à côté.
Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ?
(Paul CLAUDEL, le 14 avril 1945)

Auteur du texte : le père Pierre Trevet (diocèse du Puy en Velay).