Osservatore Romano - Histoire de conversion - 30 mars 2010

L’osservatore Romano   mardi 30 mars 2010

Histoires de conversion
Le soleil
dans un verre d'eau


Nous publions ci-dessous un éditorial paru sur le quotidien italien «Avvenire» le 21 mars 2010 et écrit pour «Agorà», les pages culturelles de ce quotidien italien.

Philosophe français d'origine juive et de nom arabe, l'auteur a raconté son parcours intellectuel et spirituel dans un livre de Lorenzo Fazzini (Nuovi cristiani
d'Europa. Dieci storie di conversione tra fede e ragione. Préface de Lucetta Scaraffia, Turin, 2009).
FABRICE HADJADJ

J'avais demandé à plonger. On appelle cela le baptême, mais j'avais appris que ce mot signifie «immersion». Alors je voulais aller dans un monastère, là où ceux qui avaient été immergés n'en étaient jamais revenus, n'étaient jamais remontés à la surface. Un concours de circonstances me dirigea vers l'Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, circonstances parmi lesquelles il y avait mon amour de Léon Bloy. Là-bas, m'avait on dit, je pourrais rencontrer quelqu'un qui avait connu son filleul, Jacques Maritain, lequel avait été oblat de l'abbaye sous le nom de frère Placide. D'emblée, lorsque j'entrais dans l'abbatiale, ce fut le choc. Ce que je cherchais, ce n'était pas la tradition encore moins le «progrès» -- mais la radicalité, quelque chose qui aurait été depuis toujours en avant de l'avant-garde. Et voilà que j'étais servi.

C'était l'heure des vêpres. Dans le choeur, les moines entrèrent comme deux volées de grands oiseaux noirs qui
se posaient deux par deux devant le tabernacle, avant de se séparer à gauche et à droite, gagnant doucement les stalles. Il me semblait assister à une sorte de chorégraphie primordiale: la marche lente, la génuflexion profonde, bientôt le grand signe de croix comme une cible tracée sur son corps, que le Verbe nous atteigne en pleine poitrine! Les poitrines, d'ailleurs, se gonflèrent pour entonner à l'unisson: Deus, in adjutorium meum intende, Domine, ad adjuvandum me, festina... «Dieu, viens à mon aide, Seigneur, vite à mon secours!» L'office divin débute avec cet aveu qu'il est impossible de dire avec ses propres forces. Le vieux bénédictin a beau y revenir chaque jour, sept fois par jour, il commence à chaque fois par déclarer qu'il ne sait pas encore prier, que ce à quoi il va se livrer à présent, c'est une chose absolument neuve, improbable, qui exige le secours du Très-Haut.

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