Conférence du jeudi 07 janvier 2010

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LE SACERDOCE MINISTERIEL OUVERT AUX FEMMES?
En cette année consacrée au sacerdoce, il est intéressant d'écouter les attentes et les interrogations du Peuple de Dieu.

Parmi celles-ci, il y en a une qui ressort très fort à notre époque où l'égalité homme/femme est une demande sociale et politique: même salaire à compétences égales, accession au même travail, parité en politique... Il était donc normal que dans l'Eglise et à l'extérieur des voix s'élèvent pour demander une plus grande place des femmes dans le gouvernement de l'Eglise, et même l'accession de celles-ci au ministère sacerdotale, d'autant plus que des communautés protestantes ont procédé à des « ordinations » de pasteurs et d' « évêques » femmes. C'est à cette question que je voudrais répondre ici. Nous commencerons par rappeler la nature du sacerdoce inauguré avec le Christ, puis nous définirons le prêtre catholique, enfin nous pourrons répondre à la question de l'accessibilité du sacerdoce par les femmes.


A - Continuité et rupture entre l'AT et le NT

A.T.: modèle Aaron, frère de Moïse,, choisi par Dieu, ordonné et oint comme un roi (Ex 28). Désormais la tribu de Lévi donnera les prêtres parmi les descendants d'Aaron, et les lévites parmi les autres. Ce qui signifie que Jésus, de la tribu de Juda, ne peut être prêtre selon cet ordre.


NT: pour l'auteur de l'Ep aux He il y a un nouvel ordre établi avec le Christ, qui remonte à Abraham et à sa rencontre avec le prêtre mystérieux de Salem, Melchisedech auquel il verse une dîme, montrant bien ainsi qu'il lui est supérieur (Gn 14, 18-20)? Et le Psaume 110 qui s'adresse au Messie au Roi d'Israël de la Tribu de Juda, appelle celui-ci Seigneur et conclut ainsi: «Tu es prêtre selon l'ordre de Mechisedech ». Il existe donc pour l'auteur de l'Ep un second type de sacerdoce qui est supérieur au premier (He 7)


Jésus est prêtre parce qu'il est Seigneur, Fils de Dieu. Il s'est offert à Dieu et comme il était sans péché, son sacrifice avait le pouvoir de plaire à Dieu, expression d'un don total envers le Père. Dieu le ressuscite. La Croix et la Résurrection expression de ce double don de Dieu et de l'homme, constitue un événement unique et parfait, un échange admirable, parfait et définitif. Si cet échange est unique et parfait, Celui qui l'a rendu possible est aussi unique et parfait.


Paul reprendra aussi cette doctrine (comme quoi elle est vraiment apostolique et enseignée dans la première communauté chrétienne): « il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Tm 2,5). Jésus est l'unique prêtre aux yeux des chrétiens, celui que Dieu s'est plu à désigner: son propre Fils (He 7,23-24).


Jésus est prêtre d'une manière tout à fait spécifique; les autres cultes ne sont qu'une image de la réalité du Christ. C'est l'image forte de Paul représentant le Christ comme Epoux ou comme Tête et l'Eglise comme Epouse ou comme Corps, pour signifier que cette dernière ne vit et ne se développe que dans son union au Christ de qui elle reçoit tout. Cette union s'est réalisée sur la Croix, « dans son sang » et fait vraiment de Jésus le Pontife, celui qui rétablit le Pont entre Dieu et les hommes.


B – Qu'est-ce qu'un prêtre?

Dans l'Eglise catholique est prêtre, du grec presbyteros qui veut dire ancien, notable ou chef d'une communauté, celui qui a reçu le sacrement de l'ordre de la main de l'Evêque, qui le rend ainsi participant à son propre sacerdoce et à son ministère.


Sans doute dans l'humanité du Christ, tout homme et femme participe de par son baptême à la triple fonction royal, prophétique et sacerdotale, mais au sein de ce peuple, évêques, prêtres participent d'une manière plus étroite encore au sacerdoce du Christ. Les évêques sont en effet les successeurs directs des Apôtres, choisis d'une manière spéciale et libre par Jésus et auxquels il a confié les pouvoirs de rendre présent dans la messe son unique et parfait sacrifice, d'annoncer la Bonne Nouvelle du Salut à tous les peuples, de donner les sacrements, d'assurer l'unité des croyants. Conformément à une pratique constante dans l'Eglise catholique l'ordination sacerdotale n'est conférée qu'à des hommes.


C – L'Eucharistie, le sacerdoce et la femme

C'est dans ce contexte du grand mystère de l'incarnation et de la rédemption qui s'exprime dans le rapport sponsal entre le Christ et l'Eglise, que l'on peut comprendre le libre choix de Jésus de l'appel des Douzes. En ne prenant que des hommes pour être ses Apôtres, le Christ a agi d'une manière totalement libre et souveraine. Seuls les Apôtres reçoivent le commandement sacramentel: « Faites ceci en mémoire de moi ».Si le Christ a ainsi lié le sacrifice de la messe au service sacerdotal des Apôtres, c'est qu'il a voulu ainsi signifier la relation entre l'homme et la femme, entre ce qui est féminin et ce qui est masculin, voulu par Dieu dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l'Eucharistie, s'exprime avant tout l'acte rédempteur du Christ-Epoux envers l'Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel eucharistique, accompli par le prêtre qui agit In Persona Christi, l'est par un homme.


Bien que Jésus est associé à sa vie publique un groupe de femme, parmi lesquelles Marie, tranchant ainsi avec la conception juive de l'époque, il est remarquable qu'il ne l'ait pas associé directement au ministère des Douzes, choisis par lui comme les colonnes de l'Eglise, exerçant avec Pierre et sous l'autorité de Pierre un gouvernement collégial, jamais mis en cause dans l'Antiquité. Ce choix de jésus fut respecté et transmis par les Apôtres eux-mêmes, après l'Ascension de Jésus, bien que les femmes aient été associées étroitement à l'essor de la première évangélisation (Lydie, etc).


En effet, les Évangiles et les Actes des Apôtres montrent bien que cet appel s’est fait selon le dessein éternel de Dieu : le Christ a choisi ceux qu’il voulait (cf. Mc 3, 13-14 ; Jn 6, 70) et il l’a fait en union avec le Père, " par l’Esprit Saint " (Ac 1, 2), après avoir passé la nuit en prière (cf. Lc 6, 12). C’est pourquoi, pour l’admission au sacerdoce ministériel (6), l’Église a toujours reconnu comme norme constante la manière d’agir de son Seigneur dans le choix des douze hommes dont il a fait le fondement de son Église (cf. Ap 21, 14). Et ceux-ci n’ont pas seulement reçu une fonction qui aurait pu ensuite être exercée par n’importe quel membre de l’Église, mais ils ont été spécialement et intimement associés à la mission du Verbe incarné lui-même (cf. Mt 10, 1.7-8 ; 28, 16-20 ; Mc 3, 13-16 ; 16, 14-15). Les Apôtres ont fait de même lorsqu’ils ont choisi leurs collaborateurs (7), qui devaient leur succéder dans le ministère. Dans ce choix se trouvaient inclus ceux qui, dans le temps de l’Église, continueraient la mission confiée aux Apôtres de représenter le Christ Seigneur et Rédempteur.


On a prétendu de nos jours que cette norme relevait de la mentalité de l'époque et que depuis le Concile Vatican II et l'enseignement de Jean Paul II, on pouvait estimer que la femme pourrait bientôt accéder au sacerdoce, comme certaines communautés protestantes l'ont fait. Il faut au contraire affirmer que Jésus a enfreint les préjugés discriminatoires de son temps en associant les femmes à sa mission; de plus, les Apôtres et leurs successeurs plongés dans le milieu grec qui admettait allègrement le sacerdoce des femmes (les vestales), n'ont jamais voulu aller dans ce sens là, suivant, et ils en étaient sûr, la volonté expresse et libre, non discriminatoire, mais profondément théologique, de Jésus lui-même.


Cela ne signifie en aucune manière une supériorité de l'homme sur la femme, mais traduit une diversité au plan des fonctions et du service. L'Eglise est donc un corps différentié, où les fonctions sont distinctes et ne doivent pas être confondues, même si la finalité reste la même (sacerdoce commun): la sainteté ou la charité parfaite, seul charisme qui doit être désiré. La controverse sur l'ordination risquerait d'empêcher les femmes chrétiennes de prendre conscience de la grandeur de leur mission.


En conclusion, je voudrais rappeler les paroles claires et définitives du Magistère de l'Eglise, en particulier du pape Jean Paul II, Ordinatio sacerdotalis du 24 mai 1996.


1. L’ordination sacerdotale, par laquelle est transmise la charge, confiée par le Christ à ses Apôtres, d’enseigner, de sanctifier et de gouverner les fidèles, a toujours été, dans l’Église catholique depuis l’origine, exclusivement réservée à des hommes. Les Églises d’Orient ont, elles aussi, fidèlement conservé cette tradition.


2. " Celle-ci tient que l’ordination sacerdotale des femmes ne saurait être acceptée, pour des raisons tout à fait fondamentales. Ces raisons sont notamment : l’exemple, rapporté par la Sainte Écriture, du Christ qui a choisi ses Apôtres uniquement parmi les hommes ; la pratique constante de l’Église qui a imité le Christ en ne choisissant que des hommes ; et son magistère vivant qui, de manière continue, a soutenu que l’exclusion des femmes du sacerdoce est en accord avec le plan de Dieu sur l’Église " (1).


3. Bien que la doctrine sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes ait été conservée par la Tradition constante et universelle de l’Église et qu’elle soit fermement enseignée par le Magistère dans les documents les plus récents, de nos jours, elle est toutefois considérée de différents côtés comme ouverte au débat, ou même on attribue une valeur purement disciplinaire à la position prise par l’Église de ne pas admettre les femmes à l’ordination sacerdotale.C’est pourquoi, afin qu’il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l’Église, je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (cf. Lc 22, 32), que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église.

                                                                                             Père Gabriel